jeudi 22 septembre 2016

Une aiguille dans le ventre (ou la biopsie du trophoblaste)

Pour résumer les épisodes précédents, après une fausse couche qui rendait cette nouvelle grossesse un peu angoissante, une anomalie, à savoir une clarté nucale épaisse, a été détectée lors de l'échographie du premier trimestre. Après un rendez-vous chez une généticienne, nous avons décidé d'avoir recours à une biopsie du trophoblaste pour être fixés quant à la santé de notre bébé.

Rendez-vous tôt le matin à l'hôpital. J'ai mal dormi. J'ai fait tout un tas de recherches sur cet examen que je ne connaissais même pas : la biopsie du trophoblaste. Un nom barbare pour un examen qui est assez invasif : on va chercher à l'aide d'un aiguille à travers la paroi utérine des cellules de ce qui deviendra le placenta tout cela sous contrôle échographique. Je réalise que mon ventre ne sera plus une bulle enchantée, un milieu préservé pour mon bébé, une forteresse inviolable. Je cherche et l'examen est souvent décrit comme peu douloureux. Je suis un peu rassurée mais dans cette salle d'attente, je ne suis que stress et angoisse. J'ai encore l'odeur de la Bétadine dans le nez, celle avec laquelle je me suis douchée et ai lavé mes cheveux avant de partir. L'attente me paraît interminable, je trépigne sur ma chaise, j'espère qu'on appelle mon nom, j'ai des noeuds dans le ventre. Le Daddy est là, il essaie de m'apaiser mais rien n'y fait. On parle peu, on attend. Avec les minutes augmentent le stress et l'envie que tout cela ne soit que du passé.

Crédit image : FreeImages.com/Tulay Palaz

Et puis voilà, on m'appelle. Je découvre le médecin, il est assez jeune, je ne sais pas si cela me rassure. On arrive dans son bureau et je vois qu'il est directeur du département des grossesses à risque. Sachant que le risque de fausse couche suite à l'examen est essentiellement dû à la façon dont ce dernier est pratiqué, cela m'apaise un peu de savoir qu'a priori je peux faire confiance à ce monsieur (en même temps, je n'ai plus vraiment le choix). Il est gentil mais en même temps assez froid. Cela dit, en toute honnêteté, je suis tellement stressée que je ne dois pas vraiment appeler à une conversation sur le temps qu'il fait. Il nous réexplique comment l'examen va se dérouler et nous dit que le Daddy doit sortir car l'examen est pratiqué en milieu stérile. Je me retrouve donc seule, avec le docteur et une sage femme, allongée sur cette table d'examen face à un écran. On contrôle le rythme cardiaque et les mouvements du bébé puis on met en place le champ stérile. La salle est très silencieuse. On désinfecte, on désinfecte encore, le médecin ne touche plus rien si ce n'est ce dont il aura besoin pour l'intervention. On prépare l'aiguille, une longue aiguille (amis phobiques des piqures, passez votre chemin) et on l'enfonce dans mon ventre. Je ne regarde pas l'écran, j'ai trop peur de voir cette aiguille à côté de mon bébé. Je ne sais plus si je regarde le plafond ou si je ferme les yeux. Je me crispe. Je sais juste que j'ai mal, très mal. Le médecin fait comme une sorte de pompe avec l'aiguille pour aspirer les cellules du trophoblaste et j'ai l'impression qu'on m'aspire les tripes. Je veux juste que tout ça soit fini. Il fait un premier prélèvement mais il a peur qu'il n'y ait pas assez de cellules donc on y retourne (et là, j'ai envie de dire : youpi!). Voilà donc deux flacons prélevés, cela devrait être assez pour faire le cariotype. Je n'ai aucune idée de combien de temps je suis restée dans cette salle mais c'est terminé, on me met juste un pansement, on refait une écho pour vérifier que le bébé va bien, arrêt de travail pour deux semaines, quelques recommandations et voilà. Premier résultat du cariotype sous deux, trois jours et résultats plus approfondis dans deux semaines. Encore une attente qui s'annonce interminable. Mais après ça, cette grossesse restera sous surveillance : échographie morphologique anticipée, échographie cardiaque du bébé, j'ai entre mes mains un dossier de suivi intensif de grossesse. Cette période de ma vie qui pourrait être si insouciante n'est plus qu'une succession de rendez-vous médicaux et une angoisse permanente.

Je rentre à la maison. Je dois rester allongée pendant au moins 48 heures et rester calme pendant deux, trois semaines pour limiter le risque de fausse couche. (Honnêtement, c'est effectivement pour limiter le risque de fausse couche mais je dois avouer que de toute façon je n'arrivais pas à bouger. J'avais une énorme douleur dans le bas ventre, comme si on m'avait mis un méga coup de poing, donc je n'avais pas vraiment envie de courir un marathon ou de faire un grand ménage de printemps). Mode loque activé, la grenouille passe donc l'essentiel de son temps chez ses grands parents. Je suis seule à la maison, et je me surprends à parler pour la première fois à ce petit être dans mon ventre : "Allez, bébé, on fait une équipe ! Il faut que tu t'accroches !"

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